TIME FOR OCEANS

Stéphane profite de cette transition et du retour du soleil pour tout éponger, vérifier, laver, ranger.

Il partage avec vous un extrait de son journal de bord :

« Premier obstacle à franchir : la ligne de départ avec 123 concurrents prêts à en découdre. Ensuite la première nuit a été plutôt clémente mais fraiche et tonique avec beaucoup de manœoeuvres. Après toutes les émotions de Saint Malo, j’ai mis un peu de temps à trouver les bonnes sensations à bord de Time For Oceans.

Les météorologues avant le départ nous promettaient de rencontrer 3 fronts (épisode pluvieux et venté) successifs. Les prévisions étaient fidèles à la réalité…

La première dépression était peu agressive mais tout de suite ça nous donnait le ton. A peine le temps de récupérer, la deuxième s’approchait rapidement. Cette deuxième dépression était hargneuse, la mer est devenue forte puis très forte (vagues supérieures à 6 mètres). J’ai tout sécurisé sur le bateau et je me suis réfugié dans la cabine, l’ambiance à l’extérieure étaient exécrable. Il faisait nuit noire, la pluie était très forte et surtout les rafales hurlaient dans les haubans. Les vagues s’abattaient rageusement sur le pont et déversaient des tonnes d’eau. La violence des lames était impressionnante, à en arracher les éléments rangés entre les roofs.

Dans la traîne qui suivait pas moyen de se reposer, le vent restait fort, encore plus fort même et la mer était déchaînée.  A bord tout était trempé, je dormais sur mon matelas gorgé d’eau restant habillé en tenue de mer.

Puis hier vint la troisième dépression, un peu moins forte mais douloureuse car tout commençait à fatiguer : le bateau, les voiles, et ma fraîcheur était altérée.

Plusieurs bateaux ont fait les frais de ces conditions dantesques. Toutes mes pensées vont aux concurrents qui ont été contraints à l’abandon ou à l’escale technique. Je pense particulièrement à Isabelle victime d’un dématage.

J’ai navigué prudemment en privilégiant systématiquement la sécurité. Désormais, ceux qui ont franchi le mauvais temps peuvent disputer la deuxième régate : moins ventée, plus ensoleillée, elle nous mènera en Guadeloupe mais promet d’être difficile.

Prochain obstacle sur ma route : l’anticyclone des Açores et une zone sans vent… un comble ! »

Stéphane

L’entrée en matière de la Route du Rhum a été copieuse et sélective. Sur les 20 marins en Imoca ayant pris dimanche dernier le départ à Saint-Malo, ils ne sont plus que 11 à poursuivre leur navigation vers la Guadeloupe. Parmi eux, Stéphane Le Diraison qui pointe à une jolie 6e place. Sorti du gros temps, le skipper de Time for Oceans se prépare à des heures stratégiques puisqu’il faut s’extirper d’une zone de vent faible avant de toucher les alizés.

Engagé dans la Route du Rhum avec un Class40 d’ancienne génération, face à 42 concurrents il y a quatre ans, Stéphane avait su faire le dos rond et tirer le meilleur du potentiel de sa machine, décrochant à Pointe-à-Pitre une très belle 4e place. Nous n’en sommes pas là, car en mer il ne faut présumer de rien, et les conditions sur la suite du parcours s’annoncent favorables aux IMOCA à foils. Toujours est-il qu’à bord de Time For Oceans, son bateau de dix ans d’âge, Stéphane réalise un début de course plus que satisfaisant.

Fin du « mode survie » !

Les premiers jours ont été éreintants avec un vent très fort et surtout une mer énorme et chaotique qui a mis les marins et leurs machines à l’épreuve. Si seulement deux skippers ont officiellement abandonné, sept autres font des arrêts au stand. Les nouvelles du bord ont été rares, Stéphane a tout de même pris le temps d’envoyer un bref message dans la nuit :

«  Troisième et dernier front depuis le début de la course. Celui là est moins fort que le précédent je navigue tout de même au près dans un vent force 8. Il fait moins froid, j’ai repris mon rythme Vendée Globe dans l’Indien : réglage /manoeuvre / dodo / manger en boucle !

Mon cockpit est très pénible dans ces conditions : même pour choquer 2 centimètres d’écoutes il faut être en combinaison de survie.

Je gère bien le bateau, sans prendre de risque, j’anticipe beaucoup souvent sous toilé pour être sûr d’arriver l’autre côté. Tout fonctionne bien à bord. Allez hop je vais larguer un ris le vent est en train de mollir. »

Place à la stratégie puis à la glisse 

Stéphane a souffert, le bateau aussi, mais aujourd’hui le binôme reste en état de performer. Si le marin a très bien géré la situation, il faut aussi saluer l’équipe technique de Time For Oceans qui a réalisé un beau travail pour préparer un IMOCA en mesure de résister à des conditions très dures. Positionné ce matin à la latitude des Açores, Stéphane Le Diraison s’est extirpé des zones dépressionnaires qui balayent l’Atlantique Nord. A 9h ce matin, il conservait la 6e place au classement et le 2e IMOCA à dérives droites derrière l’intouchable Paul Meilhat. Les heures à venir ne s’annoncent pas simples puisqu’il va devoir gérer une zone de transition avec du vent mou. A bord de Time For Oceans, Stéphane va tenter de s’engouffrer dans le meilleur couloir avant de toucher les alizés tant attendus…

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Pour écouter la vacation téléphonique du jour :