Nous optimisons nos bateaux au kilo près. Pourquoi pas au kilo de CO₂… et à l’euro près ?
Dans la course au large, nous avons développé une véritable culture de l’optimisation.
Nous traquons les kilos, les dixièmes de nœud, la traînée, la rigidité, la position des masses…
Avant de construire une pièce, nous sommes capables de simuler son comportement et d’évaluer précisément ce qu’elle apportera à la performance du bateau.
Mais lorsqu’il s’agit de son impact environnemental, la logique est encore souvent différente.
On réalise des bilans, on mesure l’empreinte carbone d’un bateau ou d’un projet. C’est indispensable.
Mais si le vrai progrès consistait maintenant à intégrer le CO₂ comme une donnée d’entrée de la conception ?
Au même titre que la masse, la rigidité, la fiabilité, le coût ou la performance.
Et cela conduit assez naturellement à une autre question :
Avons-nous toujours besoin de construire un nouveau bateau pour progresser ?
Faire évoluer une plateforme existante, conserver ce qui fonctionne, remplacer ou améliorer uniquement ce qui apporte un véritable gain : c’est souvent réduire l’impact environnemental du projet.
Mais c’est aussi maîtriser son coût.
Et ce deuxième enjeu me paraît tout aussi important pour l’avenir de la course au large.
À mesure que les bateaux deviennent plus sophistiqués et que les budgets nécessaires pour être compétitif augmentent, le risque est de rendre progressivement certaines classes inaccessibles à ceux qui n’ont pas les moyens de financer un bateau neuf et une campagne toujours plus coûteuse.
Or la richesse de la course au large vient aussi de sa capacité à faire émerger de nouveaux talents.
Des jeunes navigateurs doivent pouvoir entrer dans une classe avec un bateau de génération précédente, le comprendre, l’améliorer, trouver des solutions avec des moyens limités… et malgré tout avoir une chance de bien naviguer et de performer.
C’est aussi cela, l’innovation.
La performance ne devrait pas nécessairement passer par le remplacement systématique de l’existant.
Elle peut venir de notre capacité à faire mieux avec ce que nous avons déjà.
Moins de matière. Moins de moules. Des bateaux conçus pour évoluer et durer. Des équipements réutilisables. Des modifications dont on évalue le gain réel avant de les réaliser.
Et, lorsque nous devons construire, des matériaux et des procédés moins impactants.
Décarboner la course au large pourrait ainsi produire un double bénéfice : réduire son empreinte tout en contribuant à contenir l’escalade des coûts.
Ce n’est pas seulement un enjeu environnemental.
C’est aussi, à mon sens, une condition pour conserver des classes dynamiques, renouveler les générations de navigateurs et éviter que la course au large ne devienne progressivement un sport réservé à une élite disposant de moyens toujours plus importants.
La course au large a toujours su transformer les contraintes en innovation.
La prochaine performance sera peut-être de continuer à aller très vite, avec moins de CO₂… sans avoir nécessairement besoin de toujours plus de moyens.
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